Harry à l’école du Marketing

Voici enfin l’adaptation tant attendue du succès littéraire du siècle (pas loin de 120 millions d’exemplaires vendus pour les quatre premiers tomes).
Quelques jours à peine avant qu’une seconde déferlante mondiale n’envahisse également nos écrans (vous savez, « Le Seigneur » de ce que vous savez…), le chérubin Harry rafle la mise.
Gloire programmée et peu surprenante.
Quoi que les plus lucides pouvaient craindre le pire à l’annonce de l’élection de Chris Columbus en tant que maître d’œuvre. Ce dernier n’est pas exactement le plus fin des orfèvres. A défaut, il s’exécute mercenaire loyal et littéral, et ce à la moindre ligne de la première aventure magique de Potter.
J.K Rowling a scrupuleusement surveillé la transcription de sa poule aux œufs d’or.
Et (Par peur de la horde de fans ? Plus ils sont petits, plus ils sont hargneux, c’est connu) Columbus a conservé l’esprit général de son œuvre. Il s’y colle sans doute même de trop près. Il s’agit ici d’une illustration 3D à renfort de décors gargantuesques et d’effets spéciaux très réussis (la scène du quidditch est digne de celle de la pod race dans « La Menace Fantôme »).
Le paquet a été mis pour ne pas décevoir.
Mission périlleuse et obligatoirement à moitié réussie puisque, rappelons-le, les meilleures adaptations littéraires au cinéma sont celles par lesquelles les réalisateurs sont parvenus à en extraire la moelle osseuse et à la régurgiter de façon personnelle. (cf. « Lolita » de Kubrick, « L.A Confidential » de Hanson).
Une ré appropriation de l’univers originel sans grossière trahison s’impose pour sauvegarder et transcender sans antagonisme la quintessence de l’histoire.
Columbus, fidèle cabot, n’ajoute rien par rapport à la matière première.
Ne vous méprenez pas : cette longue (2h30 pour les gamins, c’est supportable ? Et c’est le plus court des romans !) et passionnante introduction à l’univers féerique de Potter est pleine de malice, d’humour, d’espièglerie. L’ensemble se suit avec délectation, pour peu qu’on retrouve son âme d’enfant. Ce que parvient aisément à faire resurgir et vibrer les trois personnages principaux (un peu les Luke, Leïa et Han Solo version Minipouce), truculent trio prometteur pour la suite des événements.
Sans aucun doute, leurs péripéties s’enrichiront en densité et en dramaturgie (de ce point de vue, paradoxalement, la résolution de leurs épreuves s’avère sans intensité et à teneur trop enfantine).
Et surtout en psychologie, donnée souvent lésée lors du passage cinématographique et source irrémédiable de déception(s) pour les fans d’Harry, le réalisateur s’appesantit trop sur la surface des choses.
Mais nous avons failli oublier que celui-ci ne possède aucun style particulier, si ce n’est de filmer uniquement pour plaire aux majors et au public le plus consensuel possible.
(Et pendant ce temps, les dollars s’amoncellent…)

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